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02.10.2006

Paris sous une tente

Bon pardon, j'avais pensé ne mettre que la note du dessous en guise de post du jour mais après coup, je trouve que ça fait un peu feignasse (c'est que je me sens responsable de votre intérêt et que je n'ai pas envie de vous décevoir).

Vous savez ce que c'est que ça ?

medium_camp_paris.2.JPG

Ce sont les "fameux" camps, non pas de réfugiés, mais de sans-abris, qui fleurissent un peu partout dans Paris. Celui-ci se trouve dans l'un des coins les plus enchanteurs de la capitale: au pied d'un pont du Canal St Martin.

Je ne sais pas trop quoi penser de ces villages improvisés, qui sont devenus, à force de regroupement, de petites cités indépendantes, avec maisons individuelles et salle commune (la grande tente blanche sur la photo).

J'aime bien l'idée parce que ces gens, délaissés jusqu'à présent, retrouvent un semblant de vie en société et évitent ainsi la vie en sous-sol, dans les couloirs du métro. Ils se regroupent en bords de canaux ou de la Seine et tentent de revivre normalement dans leurs villages de fortune.

Ces tentes leur permettent aussi d'être visibles. Car dormir sur un banc ou sous un porche, ça ne laisse pas de trace alors que prendre possession d'un espace public et l'investir comme un camping, c'est provocateur aux yeux des habitants et des autorités.

Mais j'avoue que ces logements de fortune froissent un peu mon côté bobo et me rappellent les mauvais souvenirs de Bombay, car je ne trouve pas ces villages très esthétiques et je les considèrent même parfois, carrément déplacés (comme sur la Place de la République, où le square central n'attire plus les parents et leurs enfants, tellement les tentes ont investi les lieux).

J'ai d'ailleurs vu des touristes prendre ce village en photo et j'imaginais leurs commentaires, hilares, à leur retour au bercail: "Vous avez-vu dans quoi vivent les Parisiens ?!".

Alors je me sens un peu partagée entre mon envie de les soutenir, car tout un chacun mérite un logement décent, et mon amour pour Paris, qui ressemble à travers ces camps, à une ville asiatique en voie de développement.

Mais finalement, c'est ça qui est le plus choquant: qu'une ville avec un rayonnement et une richesse comme Paris, soit incapable de loger tout le monde correctement et que des associations humanitaires soient obligées de donner des tentes aux plus démunis. Rien que pour ça, je trouve que l'initiative, provocatrice, a du bon.

Ce qui serait bien, c'est que cette initiative débouche sur quelque chose et que le côté temporaire de l'entreprise ne devienne pas définitif.

Commentaires

dis donc, n'habitant pas Paris, je n'étais pas au courant de tout ça, c'est qu'en plein hivers sous une tente, il doit faire super froid...

Ecrit par : libellul | 02.10.2006

N'habitant pas Paris (dans ma province ,les sans abris existent mais dorment sur les bancs et sous les porches ... ) , j'en avais vaguement entendu parler entre Ségolène , Lionel et Nicolas ... (les infos ne font pas trés varié je trouve ... ) ... Mais je n'imaginais pas ça ainsi ... du moins pas aussi grand ...
C'est vrai que cela ressemble à des communautés itinérantes ...
Mais quand est que les politiques vont bouger leur c** ?
Faudrait peut être leur payer une semaine la en dessous au mois de janvier , histoire qu'ils comprennent ce que c'est ...

Ecrit par : Léa | 02.10.2006

C'est vrai plein de gens ne sont pas au courant... pourtant ça fait un petit moment que ça dure, depuis l'opération Médecins du Monde en décembre 2005.
Ça n'a pas l'air de défriser grand monde, en tous cas pas les bobos qui viennent bruncher chez Prune le dimanche midi...
Et les tentes sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus visibles, de plus en plus embarrassantes (je passe régulièrement dans ce quartier, puisque ma douce y habite), ça va être difficile pour les autorités compétentes de les faire disparaître discrètement!

Ecrit par : Taomin | 02.10.2006

Libellul> Tu m'étonnes ...
Léa> Au début effectivement, ce n'étaient que des tentes éparpillées sur les trottoirs mais au fil du temps, les gens se sont organisés en mini-villages et c'est assez impressionnant.
Taomin>Je ne suis pas sûre que ça ne défrise pas les bobos qui se retrouvent dans ce quartier, la preuve ? Je suis une bobo et cette situation me défrise ; )
Mais tu as raison, je ne vois pas comment les autorités envisagent de faire disparaître ces villages sans créer de scandale car à force, ils font partie du paysage ...

Ecrit par : Indilou | 02.10.2006

Ce n'est pas esthétique c'est vrai, mais heureusement car il faut que ça gène… Ces tentes rendent la misère visible, elles dérangent et rien que pour ça c’est bien, on ne peut pas les ignorer comme on ignorait les SDF, ou comme ils le sont encore en province…Et moi le premier, prendre la misère en pleine gueule ne me ferait pas de mal, peut être une prise de conscience que je n’ai pas encore eu… Dire qu’il faut bouger c’est bien, le faire c’est mieux et je ne l’ai pas encore fait… Grâce a ces tentes : impossible de voiler la face

Ecrit par : Le Caribou | 02.10.2006

Le problème, c'est que ces tentes étaient censées être provisoires, et se sont converties en logements permanents.

le problème aussi, comme dit Libe, c'est qu'elles ne sont pas du tout adaptées à l'hiver...

Ecrit par : Ana | 02.10.2006

L'organisation des sdf, j'ai constaté la même au Japon, où les sans abris ont investi les ponts de leurs bâches et autres grilles, canapés. A Paris comme au Japon, j'ai ressenti la même chose que toi.

Ecrit par : 22 | 02.10.2006

je ne sais vraiment pas quoi dire , ça m'enerve trop

Ecrit par : Ab6 | 02.10.2006

Moi qui en vois beaucoup des SDF, je peux dire qu'ils sont très nombreux à dormir encore dehors sans tente au dessus de leur tête. Et, ce qui est complètement incompréhensible pour nous qui avons un toit (et assez d'argent pour avoir une connexion internet), certains préfèrent rester dans la rue plutôt que d'aller dans un foyer, un hôtel au mois ou autre logement social.
Ca peut paraître provocateur ce que je dis là, mais c'est une réalité. Combien de patients SDF ai-je vu qui refusaient toute proposition de logement social ? Dont certains atteints de pathologies (somatiques) graves...

Ecrit par : Melie | 02.10.2006

Ce qui est grave c'est qu'on ait été obligé de leur distribuer des tentes pour qu'ils puissent au moins dormir au sec... Un pays comme le nôtre ne devrait pas laisser ses habitants dormir dehors, alors qu'il y a tellement de logements vides. On veut donner des leçons aux soit disant pays sous développés alors qu'on n'est pas capable au sein de notre société de fournir le minimum vital à tout le monde, moi c'est ça qui me défrise...

Ecrit par : zapette | 02.10.2006

Le Caribou> C'est exactement mon propos ; )
Ana> Bien d'accord avec toi ...
22> Au Japon ? Ben tu vois, j'aurais pas cru ça de là-bas ...
Ab6> Pareil
Melie> Oui j'en entends souvent parler de ces SDF qui refusent tout abri et ça m'a toujours étonné. On m'a dit que c'est parce qu'ils ne pouvaient pas rentrer dans les centres avec leurs chiens qu'ils refusaient d'y aller ... ?
Zapette> Tout comme ma conclusion ...

Ecrit par : Indilou | 02.10.2006

Et si ces tentes inesthétiques avaient aussi pour but de rendre les sans-abris visibles et "dérangeants" ? Et si, comme cela, les pouvoirs publiques voulant préserver la beauté des lieux, se trauvaient obligés d'agir ??

On peut rêver...

Ecrit par : Elena | 02.10.2006

Faudrait aller camper chez l'président et Messieurs les ministres, voilà ce qu'il faudrait faire.
Allez zou, tous au camping!
(Et j'ai du mérite de dire ça, je déteste ça l'camping...)

Ecrit par : Almeria | 03.10.2006

Le problème, c'est que les pauvres veulent habiter Paris. C'est révoltant!!
Plus sérieusement, je trouve cela idiot que le camping à l'année soit interdit en France. Cela est un frein à des intitiatives légales qui soient une rélle alternative aux foyers et autres HLM qui ne conviennent pas à tous les SDF. Comme le soulignait Melie, certains SDF n'ont pas toujours envie de se défaire d'une certaine marginalité. Il y a des expériences de communautés auto-gérées de tentes menées en Californie qui sont assez intéressantes à suivre (constitution de règle de vie en communauté, évaluation de l'expérience au bout de trois ans...) et qui surtout redonnent un cade de vie un peu plus décent à des gens qui vivaient dans les rues.

Ecrit par : koky | 03.10.2006

Non non Indilou, ceux que j'ai connus n'avaient pas de chien, mais disaient se sentir bien dans la rue, "s'arranger" etc. Bon évidemment je vois ceux qui sont à l'hôpital psy (même s'ils ne présentent pas tous de problème psy mais passons) et je ne généralise pas du tout...

Ecrit par : Melie | 03.10.2006

Pour info, il y a 10 000 sans abris et mal logés sur Paris, et 500 tentes depuis les mesures de Medecins du Monde avec Gabrielle Robert...

Graziella Robert souligne que le danger de la canicule (ou du froid de cet hiver) pour les SDF existe "avec ou sans les tentes", que Médecins du Monde "ne fait pas une distribution de tentes à gogo sans aucun contrôle", mais "à chaque fois qu'une personne refuse un hébergement d'urgence". (2810 environ maintenant sur Paris)

Elle explique également que l'association a répertorié les tentes (500 dans Paris), connaît leur nombre dans chaque arrondissement, et passe régulièrement voir les SDF, notamment pour veiller à leur santé.
"Le but des tentes, c'est d'attirer l'attention sur des personnes qui ne veulent pas aller dans les hébergements d'urgence, ou y sont allées et ne veulent plus y retourner, en raison de la promiscuité, de la violence, de la courte durée du séjour, mais tout ça a déjà été dit", explique Graziella Robert. "Je crois que ce qui gène les pouvoirs publics, c'est cette visibilité", ajoute-t-elle.
Pour elle, "le problème est national. Dans toute les grandes villes les équipes sont confrontées à la précarité. "Polémiquer sur les tentes à Paris, c'est traiter le haut de l'iceberg. Et si on les enlève, est-ce qu'on aura réglé le problème de la précarité et de l'exclusion?"

Voilà c'est comme une gêne "visuelle" ces tentes pour les parisiens (4 tentes avaient été brûlées dans le Xème arrondissement en juillet de cet année)

Ecrit par : sandra | 03.10.2006

Sujet délicat.
Cela dit le "temporaire" c'est toujours ce qui dure le plus.
On sait tous comment ça va se finir cette histoire. Comment ele sera récupérée.
Qui sont ces familles qui vivent ainsi ? Qu'en pensent-ils ?
Ca te parait certainement dingue de soulever ces questions mais il me semble qu'elles auraient du sens.
Toutes les tentes ne sont pas semblables, elles n'abritent pas toutes les mêmes causes, elles n'appellent pas aux mêmes droits. Ca c'est pour le politique
Notre responsabilité, notre devoir ,en revanche collectif, est de considérer véritablement toutes ces tentes comme des abris d'êtres humains qui ont les mêmes droits sanitaires que n'importe quel citoyen de ce pays.
Il y en a aussi qui ont des papiers, qui ne vivent pas dans des tentes et qui crèvent de tout en france.
Je sais, c'est pas la question
Sujet délicat, donc.

Ecrit par : Patricia-M | 03.10.2006

Elena> Quelque part, c'est déjà ce que ces tentes provoquent ...
Alm'> Ah ça je suis bien d'accord avec toi que ce ne sont malheureusement pas les "décisionnaires" qui les ont sous leurs yeux ces tentes. Imaginons un 6ème arrondissement aux trottoirs transformés en camping sauvage ... ça ferait probablement bouger les choses plus vite !
Koky> C'est intéressant ce que tu dis, je n'avais même pas penser que ces tentes pourraient devenir de vraies habitations et que ça existait déjà ailleurs. Mais j'ai du mal à considérer cela comme une solution ...
Melie> Oui c'est pas évident de savoir ce que désire vraiment cette population, mais j'imagine qu'un appart avec terrasse, plutôt qu'une tente crasseuse, leur irait très bien ; )
Sandra> Rien à ajouter.
Patricia> Si si c'est (aussi) la question: celle de tous les mal-logés de Paris (et de la France bien sûr) qui sont d'un coup visibles par le biais de ces tentes. Je trouve l'initiative pertinente, mais tu as raison, le problème c'est que tout ce qui est censé être temporaire, devient définitif.

Ecrit par : Indilou | 03.10.2006

Hello,

Je viens de découvrir ton blog, car je t'ai trouvé dans les liens du blog de ma compagne Elena.

Je viens de lire ton texte, la vie devient de plus en plus difficle, il faux toujours ce battre, pour obtenir ce qu'on veut. Mais tout le monde n'a pas la force...

Toujours plus de riches trop riche et toujours plus de pauvres trop pauvre...

A bientôt au plaisir de te lire

Ecrit par : Marie | 03.10.2006

je suis d'accord avec ta conclusion oui c'est bien finalement ça le plus choquant je n'ai pas encore vu ces villages pourtant je suis sur paris lorsque j'irais du coté du canal j'ouvrirais bien l'oeil oui tu as raison c'est sinon un bien bel endroit

Ecrit par : Maylis | 03.10.2006

Je n'étais pas au courant de ces nouvelles pratiques... je n'habite plus paris mais je connais bien le canal st martin, endroit merveilleux... je suis partagée comme toi du manque d'esthetisme de tout cela mais c'est bien aussi que le manque de logement se voit... ça en fera peut etre bouger certains...
Ta photo m'a fait penser aux treks auquels je participe dans le désert ou il y a toujours une grande tente blanche... et soit des petits matelas un peu partout, soit des petites tentes tout autour....oui sauf que nous, nous avons choisi !!!

Ecrit par : teresa | 04.10.2006

Marie> Bienvenue chez moi et au plaisir de te revoir ; )
Maylis> je ne sais pas où tu habites mais le canal n'est pas le seul endroit pour voir ces tentes (place de la République, rue de la Fontaine au Roi ...)
Teresa> C'est vrai que ces campings sauvages ressemblent à des villages bédouins ... mais malheureusement, ça n'a rien à voir (Bienvenue chez moi au fait, je ne pense pas t'avoir déjà vu ici ; )

Ecrit par : Indilou | 04.10.2006

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